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Refuser les injonctions à la joie, et oser être soi




On a toujours dit de moi que j’étais une personne tout le temps joyeuse, toujours optimiste. Solaire. Je me rappelle encore quand j’ai quitté mon ancien poste, on me décrivait vite comme “le soleil de l’étage” “la personne toujours souriante”. Je me rappelle m’être dit “Et mes compétences professionnelles ? Je ne suis pas “juste” là pour divertir et rendre les gens heureux”. Mais finalement c’est ça dont on se souvenait, le grand sourire et mon humour, qui, à défaut de faire l’unanimité me faisait toujours rire moi, et en faisait souvent sourire certain.es. J’ai grandi avec cette injonction silencieuse de la joie. Un bonheur comme armure. Un sourire comme bouclier, pour éviter de descendre voir ce qui me faisait mal. Alors, je me cachais derrière un déni heureux, mais au fond je me sentais profondément seule.


Les fois où j’évoquais le mal-être qui grandissait en moi, on me répondait toujours que “positive comme j’étais ça passerait”. Et alors à nouveau, je devenais cette joie qui m’habitait. Je ne l’éprouvais pas. Je l’étais. Certain.es pourraient penser : “ quel mal y’a-t-il à être la joie?” Et pendant longtemps, je n’en voyais aucun. Mais la vie n’est pas linéaire. Et il y’a des jours sans, des jours de larmes, des jours de doute. Et si mon existence n’est conditionnée qu’à la joie, alors que reste-t-il les jours moins heureux ? Si l’on m’aime que lorsque je ris, que reste-t-il quand je n’ai plus de mots ? La vérité c’est que cette illusion du bonheur permanent m’allait bien, car la tristesse me faisait peur, me tétanisait, et j’avais peur de m’y engluer. Une peur déraisonnée de ne pas m’en sortir. Ouvrir la boîte de pandore de la peine et m’y noyer. J’ai contenu, j’ai redressé l’échine, et je me suis dit que ça irait.


Mais les émotions contenues, comme l’eau remplissant un vase plein, finissent toujours par déborder. Et mes mots ont commencé à filer. Mes maux ont pris le dessus. J’ai commencé à ouvrir les portes trop longtemps fermées de ma sensibilité réprimée, j’ai commencé à dire que tout n’était pas rose. J’ai gardé ma casquette d’optimiste, mais j’ai accepté qu’elle soit une tenue parmi d’autres, et plus une seconde peau, qui était devenue la seule chose que je voyais dans le miroir. Et dans ce processus, dans ce marathon pour aller à la rencontre de cette partie triste, de cette part grise en moi qui n’avait pas d’espace, j’ai compris que je n’avais pas besoin de faire ce chemin seule j’ai compris que pour descendre au fond d’un puits, il est parfois nécessaire de partir avec les bonnes cordes, avec le bon soutien, le bon appui.


J’ai fait le choix de changer de paradigme : seule dans mon perfectionnisme dessiné à l’encre de ma joie, ou guidée et accompagnée dans la vulnérabilité faite de l’entièreté de la vie, avec ses hauts, ses bas.

Alors, je sais, ce n’est pas confortable. Je sais que tu penseras peut-être qu’aller voir toutes ces parties inconfortables de toi ça fait mal. Je sais que tu t’étais promis de ne plus souffrir. Et crois-moi, je connais les discours qui murmurent “tout sauf avoir mal”. Je sais, le désespoir, la perte de sens, le vide. Je sais. Je connais l’envie de se rattacher à l’idée que “ ce n’est pas si grave” et qu’il y’a pire. Si je te dis tout ça, c’est que je sais. Oui, la tristesse n’a pas sa place sur la scène publique, au même titre que la colère qui est mise de côté et décriée.

Mais j'ai appris qu'il y’avait autre chose que ce monde binaire où la joie rassemble et où la dépression isole. Il y a cet après où tout est juste. Il y’a cette espace où la frustration laisse place à l’acceptation. Pas parce qu’on accepte tout, ou qu’on se contente. Mais, car on sait qu’il est là. Cet espace au-delà des peurs, des jeux de pouvoir, des jalousies. Un espace où la joie n’est pas la seule condition. Un espace où la paix domine sur le plaisir. Le vie sans tristesse, est une parodie, au même titre qu’une musique sans silence seulement un éclat de bruit. Alors ose, regarder ce qui t’effraie. Oser laisser rentrer la vie en toi. Ose être libre, dans la joie, et dans la tristesse. Oser être toi.




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