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Vivre sans temps.



Nous vivons parfois dans des espaces paradoxales, faisant de nous-mêmes des hérétiques de nos propres vies. Nous cherchons à contrôler chaque parcelle de nos vies. Ordonner, ranger et rentabiliser chaque minute de notre existence et calculer. S’assurer du retour sur investissement de chaque seconde écoulée. Productivité. Créativité. Apport intellectuel. Si le temps n’est pas échangé contre de l’argent, alors il devra nous apporter autre chose. Inlassablement.


Et si finalement, le temps n’était pas là pour autre chose ? Juste là pour nous offrir des moments de gloire sans nom, des moments de pure présence qui ne cherchent à rien travestir ou déguiser ?


Il y’ a peu de temps, j’ai vécu de grosses remises en question, aussi bien dans ma vie personnelle que professionnelle. Et tout en moi semblait me demander de prendre de la hauteur, d’observer sans intervenir. Alors, pour me mettre à l’écoute de mon corps, j’ai suivi cette demande presque criante de repos. J’ai ralenti, et j'ai pris le temps de ne rien faire. J’ai ressenti de la fierté de dédier cet espace au vide. J’avais réorganisé ma routine : intercaler des moments productifs et des moments de laisser-aller.


J’ai repris d’anciens livres qui trainaient sur les étagères de toutes les maisons où je passais, et j’en dévorais de nouveaux. Je m’allongeais quelques heures sur le sable brûlant en cherchant une illusion d’ombre, et je marchais sans but dans des rues où je n’avais jamais mis les pieds. Je me suis sentie profondément bien. Mais au bout de quelques jours de ce rythme aménagé, j’ai senti que ce repos en alternance n’était pas assez. Je me suis rendu compte que je contrôlais les moments de lâcher-prise, quand j’aspirais à me laisser emporter par les vents contraires du contrôle et de la planification.


Il fallait que mes moments de laisser aller surviennent aux heures de sieste, après manger, et sur telle ou telle plage horaires.


Mais en fait ça ne marche pas comme ça. La vie, on ne peut pas la contenir gentiment selon les plans de notre agenda.La vie c’est une eau vive.Tu peux la mettre dans des verres, dans des vases ou dans des seaux de plages.Mais la vérité c’est que tu ne pourras jamais contenir tout l’océan.Tu te contenteras d’avoir un échantillon, une poussière d’étoile de son intensité.
La puissance de l’eau, crois-tu la saisir davantage quand tu fais couler un bain dont les gouttes infinies se heurtent au bord d’une baignoire pleine de bulles de savon, ou quand tu plonges tête baissée dans la puissance de l’océan ?Et l’eau qui tombe depuis les espaces percés d’un arrosoir est-elle seulement comparable à des trombes d’eau qui s’abattent sur des villages lors des averses tropicales ?La vie ne se contient pas.La puissance ne s’enferme pas.Et le laisser aller ne se provoque pas.

Alors, la mort dans l’âme, j’ai renoncé. À ma do to list, à ma nouvelle organisation, et à ma volonté de tout faire à la fois : avancer sur mes projets ET me reposer. J’ai tout lâché. J’ai laissé le vide reprendre sa place. J’ai retrouvé l’innocence des instants sans montres, j’ai lâché les armes, et j’ai laissé remonter à la surface tout ce qui avait besoin d’espace : les émotions contenues, les doutes, les peurs, les désirs inavoués, les rêves de grandeur, et les peurs de ne pas y arriver. Et face à ce déferlement de vie à l’intérieur de moi, j’ai renoué avec cette sensation de justesse et de calme.


Et j’ai compris une chose. On parle souvent de l’importance de retrouver ces plaisirs d’enfants. Et l’engouement des jeunes (et moins jeunes) adultes pour la créativité (poterie, céramique, dessin, couture, etc.), musique ou sport le montrent. Nous avons envie, sinon terriblement besoin de retrouver ces plaisirs qui nous permettent de mettre nos esprits sinueux en pause. Mais, nous le faisons comme des adultes bien pensant. Le lundi de 18h à 20h. Cadrés. Ordonnés. Mais et si la joie de l’enfant n’était pas dans l’activité, mais dans la façon d’agir ? Dans cette idée que rien ne compte à part l’instant, dans cette idée non formée que “nous avons le temps”. Je sais ce que beaucoup pensent. Je suis une utopiste idéaliste. Tout le monde ne peut pas juste oublier le temps. Et pourquoi pas ?


Ne peut-on pas fermer les volets, couper les horloges et les écrans et juste plonger dans un livre en oubliant tout le reste ? S’allonger dans un parc public et se laisser surprendre par la nuit qui arrive sans prévenir ? Alors, non, ce n’est pas évident. Car cette voix mentale nous parle d’urgence et de responsabilités. Non ce n’est pas facile, car il y’a toujours des choses qui semblent avoir besoin de nous.


Mais qu’avons-nous à faire qui soit plus urgent que ce besoin pressant de se laisser transporter par la vie ? Qu’avons-nous de plus urgent à faire si ce n’est être au monde?




Je n’ai aucune injonction à vous faire. Reposez-vous si c’est juste. Et lancez-vous à bras le corps dans vos projets si c’est le moment. Mais que vous soyez dans le mouvement ou dans l’inertie, autorisez-le vous vraiment, abandonnez-vous pleinement à ce torrent ou à ce dessert. Embrasser l’absolu.


Et rappeler vous que la vie est juste, rythmée, passionnante, poignante, déroutante, et tellement, tellement vibrante et juste, alors faites-lui confiance et jetez-vous dans ces bras.

En toute allégeance. 




Je ne sais pas si nous vivrons 100 ans.

Mais je vous souhaite, le temps d’un instant de vivre sans temps.




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