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Coeur nomade



Longtemps je me suis torturé l’esprit avec cette injonction du lieu idéal. Cet espace sans nom qui serait le repère de toutes mes joies et de chacune de mes peines. Ce chez-moi que j’ai cherché dans chaque continent. J’ai dressé la liste à rallonge de ce qui remplirait mon cœur de cette sensation tapissée d'être chez soi. J’ai rempli mon imaginaire de feu de cheminée, et d’accès direct à la plage. J’ai dessiné ma maison en bord de falaise à l’encre de mes utopies. J’ai appris plusieurs langues, je suis tombée amoureuse de consonances que ma bouche était incapable de prononcer. Cœur nomade, j’ai avancé sur mon chemin à la recherche de ce lieu, cet antre de paix où je rentrerais heureuse après chaque voyage, cet espace que je n’aurais plu l’envie de quitter. Et des espaces multiples et divers sont devenus ma maison. J’ai refusé les injonctions qui m’invitaient à bâtir. La seule chose que je voulais construire c’était des rêves toujours plus grands, et des visions qui dépassaient tous les mots, qui faisaient oublier tous les maux. Et sur chaque chemin de terre, je me sentais chez moi, mais avec cette peine indicible que ce ne serait pas pour toujours. Je voulais des certitudes, et des promesses d’éternité. Je voulais d’un endroit qui me retiendrait, d'une terre qui m’ouvrirait les bras en me disant : te voilà, enfant du soleil, te voilà rentrée à la maison. Et ce jusqu'à la fin des temps.


Il y’a des espaces dans le monde, où le vent bat un peu plus fort qu’ailleurs, où la pluie est un peu moins présente, le ciel un peu moins gris, et les sourires plus colorés.Il existe ces genres d’endroits où l’heure n’a pas d’emprise et où l'instant s'étire pour devenir la seule réalité.Ces lieux sans fenêtre m’ont coupé le souffle, et m'ont fait retenir ma respiration.Je me disais "c’est ici, mon chez moi" Et puis au bout d’un moment, le doute revenait: “C’est ici, oui.Mais c’est aussi ailleurs”.J’ai fait taire la voix, en appréciant la chaleur des espaces que j’avais faits miens.Mais elle finissait par revenir, en me suppliant presque de continuer mon chemin.D’embrasser chaque personne qui était devenue un bout de cette fratrie où la douceur avait plus de pouvoir que le sang.On the road again.

À la recherche de cet autre, de cet endroit qui me donnerait l’envie de rester toujours, et de ne partir jamais. Et j’ai compris. Ma peur voulait des certitudes. Mon cœur voulait la liberté d’un espace sans condition, et sans limites. Je voulais me raccrocher à l’idée d’un connu, mais quelque chose en moi se rappelait que le monde était vaste, et que la magie se situait de l’autre côté de la ligne invisible. J’ai compris que ma maison n’était pas entre quatre murs. J’ai compris que je rêvais d’être un lapin avec un terrier joliment décoré, mais j’étais une tortue, qui portait sa maison, sur elle, en elle. Je m’étais trompé de camps. Esprit sédentaire, et cœur nomade.

D issociation.


Et moi j'étais là, divisée entre ces désirs contraires, divisée entre deux continents.Un peu là, et un peu ailleurs.J’ai voulu rentrer dans une case, trouver mon endroit et me rassurer.Me projeter une décennie, et vouloir qu’elle perdure sur celle d’après. Mais comme mon cœur rieur se moquait ne pas volonté de s’ancrer, alors j'ai fini par l'écouté et j'ai appris à renoncer à cet idéal figé. J'ai fait face à l'évidence.

Mes peurs sont casanières, mon âme elle, est nomade.

Je ne pouvais plus faire semblant.


J'ai reconnu l’erreur dans l’équation. Et j’ai compris.J’ai compris que cet espace que je cherchais n’avait ni portes ni fenêtre. Et comme une évidence, j’ai fini par l’apprivoiser. J’ai fini par habiter le seul espace dont je ne me lasserai pas. Le corps. Le mien. La douceur de ses lignes, et l’irrégularités de ses trains. Mon corps.J’ai appris à le décorer, à y mettre la lumière.J’ai crée de l’espace, en lui, pour lui.Encore.J’ai appris à y revenir et à y rester. Mon corps. J’ai trouvé une autre forme de stabilité. La stabilité dans le mouvement. Le cœur au vent, et le corps qui se tend vers l’horizon.


J’ai cru longtemps que le changement de destination était une fuite, je sais maintenant qu’il est un chemin, une route, qui finalement ne mène qu’au point de départ. Et puisque la terre tourne sur elle-même, alors sans cesse j’y retourne. Au commencement. En moi.

Dans cet espace vide qui contient l’univers. Un cœur rebelle dans maison de chaire et d’os.J’ai laissé les injonctions qui font miroiter l’image d’un lieu d’une vie entière. La vie n’est pas un livre, mais une bibliothèque tout entière.J’accepte la pluparité et la complexité de mon cœur vagabond. Et je ferme les yeux et j’embrasse ce monde qui ne m’offre pas un lieu repère, mais une mosaïque tout entière de paysages, de vie différentes, d’histoires non racontées, de possibilité à explorer. Et face au constat désarmant de l'inconstance de la vie, je m'incline.

Cœur nomade.




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